Chronique Politique : Sénégal, entre le jeu de yoyo au sommet et l’attentisme à la base( Par El Modou Gueye)

Un équilibre des forces bousculé : la stratégie d’Ousmane Sonko face au pouvoir
Sur l’échiquier politique sénégalais, la tension est palpable et le rapport de force semble évoluer à bas bruit. La récente sortie d’Ousmane Sonko a provoqué une onde de choc au sein du camp présidentiel, mettant en lumière des fragilités tactiques dans la gestion de la riposte. Faute de contre-offensive politique d’envergure, le gouvernement a semblé privilégier la voie de l’apaisement, tendant la main à un leader du PASTEF qui, incontestablement, dicte le tempo du jeu politique actuel.
Cette apparente ouverture aux négociations trahit une marge de manœuvre étroite pour le pouvoir en place. Contraint par une position parlementaire majoritaire, l’exécutif fait face à une dynamique où l’influence d’Ousmane Sonko impose sa marque. Dans les rangs de la majorité présidentielle, le découragement gagne du terrain. Des figures autrefois en première ligne face au leader de PASTEF à l’instar d’Abdourahmane Diouf, d’Aldiouma Sow, ou encore de la coordonnatrice générale, secouée par les récents travaux des commissions d’enquête parlementaires ont adopté un profil bas, optant pour un silence qui en dit long sur le climat interne.
Le paradoxe de l’exécutif : ambiguïtés au sommet et « jeu de yoyo »
Au-delà du duel avec l’opposition, une interrogation taraude l’opinion publique : quelle est la véritable stratégie du président Bassirou Diomaye Faye ? L’ambiguïté persiste quant à ses relations avec son mentor d’hier. Pour preuve, plusieurs cadres et figures proches d’Ousmane Sonko continuent d’occuper des fonctions stratégiques au sein de l’appareil d’État, disposant ainsi de leviers institutionnels non négligeables.
Cette cohabitation hybride et ce jeu de balancier politique comportent des risques majeurs. À force de naviguer entre rupture et continuité sans arbitrage tranché, le risque d’une implosion interne ou d’un affaiblissement de l’autorité présidentielle plane comme une ombre menaçante sur le quinquennat. Un tel exercice d’équilibriste, s’il n’est pas recadré, pourrait s’avérer fatal à terme.
À la base, la volonté des militants se heurte au silence des sommets
Pendant que les sommets de l’État et des partis s’observent, la réalité du terrain est tout autre. Des responsables locaux de la coalition présidentielle notamment à Touba, à l’image d’Abdoulaye Niane, Habib Diop, Lahat Ndiaye et d’autres militants sans portefeuille — continuent de mouiller le maillot pour massifier les rangs et maintenir le contact avec les populations.Pourtant, ce dynamisme local contraste cruellement avec l’inertie constatée au sommet. L’organisation dirigeante peine à imprimer une vision claire, renvoyant l’image d’une formation politique en trompe-l’œil, hésitante à l’idée d’aller à la confrontation électorale malgré un potentiel humain indéniable à la base.
Plus surprenant encore, c’est l’opposition classique qui, par moments, semble voler au secours de la lisibilité institutionnelle, brouillant davantage les repères idéologiques traditionnels.
Le peuple sénégalais, spectateur médusé de ce feuilleton institutionnel, oscille aujourd’hui entre incompréhension et lassitude face à un landerneau politique en plein clair-obscur.
El Modou Geye