CHRONIQUE DU MARDI LA QUÊTE DU CRÉANT : LA SEULE VÉRITÉ (PAR TIDIANE KOUNTA)

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Le Big Bang ou la Parole née du silence
Après avoir contemplé, vendredi dernier, le vide comme une matrice silencieuse, il nous faut revenir à ce moment que la science présente comme l’origine de tout : le Big Bang. Mais s’agissait-il vraiment d’un commencement ? Peut-être était-ce plutôt une mise en vibration de ce qui était déjà là, un premier frémissement d’un réel encore voilé, contenu dans la conscience du Créant.

On parle souvent du Big Bang comme du point zéro de l’univers c’est-à-dire le moment où seraient nés le temps, l’espace et la matière. C’est une image utile, mais trop étroite si elle prétend tout expliquer car rien ne prouve qu’il y ait eu néant avant ce souffle. Peut-être n’a-t-on pas assisté à une création ex nihilo, mais à un passage, une ouverture, le passage du silence à la Parole. Osons dire de l’invisible au visible.

Nous restons convaincus que même le mot « bang » est trompeur car il évoque une explosion pendant que les cosmologistes eux-mêmes reconnaissent qu’il n’y a pas eu de bruit car comment pourrait-il y en avoir dans un espace vide ? Il y a eu expansion, dilatation, mise en mouvement d’une densité extrême mais pas un choc, mais un souffle. Ce fut certainement une respiration originelle car depuis ce moment-là les galaxies continuent de s’éloigner, comme les ondes d’un verbe qui ne cesse de se prolonger.

Pour ceux qui ont lu, le Coran dit cela autrement, avec une justesse saisissante : « Les cieux et la terre formaient une masse compacte, puis Nous les avons séparés. » (Sourate Al-Anbiyâ). Alors, il ne s’agit pas d’un surgissement à partir de rien, mais d’un dévoilement, d’une séparation au sein d’un tout déjà uni.

Et c’est peut-être ici qu’il faut se souvenir de cette autre expression divine, celle que l’on retrouve comme un sceau dans plusieurs versets : « Kun fa yakûn » (Sourate Yâ Sîn). Et ce que nous appelons « Big Bang » ne fut peut-être rien d’autre que l’effet visible de cet ordre invisible, la dilatation silencieuse d’un Verbe éternel.

Ce ne fut donc pas un choc, mais un souffle. Pas une explosion, mais une ouverture. Une vibration inaugurale, née du Silence divin, portant en elle la mémoire du Verbe.

Le Créant n’a pas brisé l’unité pour produire la diversité mais il a laissé se déployer le mouvement qu’Il portait en Lui. La création, au fond, n’est pas une rupture. C’est une révélation lente de l’Unité.

Et partout dans l’univers, y compris dans notre propre corps, un motif revient sans cesse : LA SPIRALE. Des coquillages aux cyclones, des fleurs aux galaxies, des empreintes digitales aux fibres musculaires, de l’ADN aux tourbillons sanguins… Ce tracé enroulé semble relier le micro au macro, comme une respiration universelle qui traverse toute forme de vie, comme une signature discrète.

Elle nous apprend que tout est lié. Chaque spirale part d’un centre, s’en éloigne mais sans jamais le quitter. Elle avance, revient, tourne, comme si la vie elle-même respirait à travers cette forme. Elle relie le visible à l’invisible, la matière au vivant. On pourrait dire que la spirale est la calligraphie géométrique du Verbe, la trace silencieuse du Créant dans le tissu du monde.

Et si l’on va plus loin encore, on découvre que notre univers n’est peut-être pas seul. La cosmologie moderne évoque aujourd’hui l’hypothèse d’un multivers : plusieurs univers coexisteraient, comme des bulles dans un océan d’énergie invisible. Le cosmos que nous croyons immense ne serait qu’une vibration parmi d’autres.

Mais cela n’enlève rien à la grandeur du Créant mais l’élargit. Notre univers serait alors une cellule dans un corps cosmique infiniment plus vaste. Une note dans une immense partition, une onde dans une mer sans rivage.

Et c’est à ce moment précis, entre vertige et émerveillement, qu’une voix s’invite, celle du scientifique et poète Carl Sagan. À partir d’une simple image de la Terre prise depuis la sonde Voyager 1, un minuscule point pâle suspendu dans l’obscurité. Sagan a alors écrit : « Regardez encore ce point. C’est ici. C’est notre foyer. C’est nous. Sur ce pixel, tout le monde que vous aimez, tout le monde que vous connaissez, tous ceux dont vous avez entendu parler, chaque être humain ayant jamais vécu y a vécu sa vie. (…) Il n’y a peut-être pas de meilleure démonstration de la folie des vanités humaines que cette image lointaine de notre minuscule monde. »

Contemplez cette image et laissez-la vous parler. Et vous comprendrez la force de ce texte. La grandeur du cosmos n’annule pas notre existence mais elle l’éclaire, elle l’humilie parfois, mais elle nous replace surtout dans l’ordre du Tout.

Ce regard scientifique rejoint une sagesse spirituelle : nous ne sommes pas le centre du monde, mais une partie du Tout. Ce point bleu pâle ne nie pas notre valeur. Il nous replace simplement dans l’ordre du réel. Poussière, oui, mais poussière consciente, vivante, portée par un souffle.

La création, dans cette perspective, n’est pas un événement passé. Elle est en cours. Elle se poursuit. Le Big Bang ne serait que le premier balbutiement d’un rythme qui continue encore. Ce que l’on croyait terminé est, en vérité, un acte permanent.

La science observe alors que la foi comprend. L’une étudie les lois, l’autre en saisit l’origine. Deux chemins qui se croisent, deux angles pour contempler le même mystère.

Et si l’univers nous paraît démesuré, ce n’est pas pour nous écraser, mais pour nous refléter car ce que l’on observe là-haut existe déjà en nous. Nos cellules vibrent au même rythme que les étoiles. Chaque battement de cœur, chaque souffle, chaque pensée… tout résonne avec le cosmos.

C’est pourquoi le Créant n’est pas à chercher loin, dans un ailleurs inaccessible. Il est ici. Il est proche, intime : « Nous sommes plus proches de lui que sa veine jugulaire. » (Sourate Qâf). Il est le Souffle en chaque souffle, la Lumière dans chaque regard.

Or donc, que fut la Dilatation Primordiale ? Ce n’était pas un commencement. C’était une vibration inaugurale, l’instant où le silence s’est fait souffle. Une ouverture. Une promesse.

Et si le monde est né d’un souffle, que chacun de nos souffles en porte la mémoire. Ce souffle continue. Dans la lumière des étoiles. Dans les marées du sang. Dans chaque élan, chaque silence, chaque vie. Depuis l’origine. Et pour longtemps encore.

Tidiane KOUNTA
Hier poussière.
Aujourd’hui parole.
Demain, peut-être Lumière,
mais pour toujours expression du Créant

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