Justice sénégalaise : l’arme du pouvoir contre les voix qui dérangent

Au Sénégal, la justice nest plus seulement un arbitre impartial. Elle sest transformée en instrument de régulation politique. L’affaire Madiambal Diagne, journaliste et président de l’association des journalistes francophones du monde, révèle comment tribunaux et mandats peuvent servir à intimider, neutraliser et faire taire ceux qui connaissent trop de secrets du pouvoir.
Madiambal Diagne : un témoin gênant
Journaliste influent et patron de presse, Diagne connaît les arcanes du pouvoir. Du dossier Sweet Beauté, qui a façonné la trajectoire politique dOusmane Sonko, au fameux protocole de Cap Manuel, arrangement supposé entre Macky Sall et Sonko, il détiendrait des informations sensibles que certains préfèreraient voir oubliées.
Aujourdhui, il est accusé de malversations financières, frappé dun mandat darrêt international et contraint de quitter le Sénégal pour la France. Ses proches épouse, fils, collaborateurs sont arrêtés ou harcelés. Justice ou stratégie dintimidation ? Le scénario rappelle les méthodes de neutralisation d’opposants trop gênants.
Une mécanique bien huilée : intimidation et criminalisation
Au Sénégal, la justice fonctionne comme un instrument politique :Convocations répétées, parfois opaques ;Interdiction de sortie du territoire, arrestations de proches, transformés en otages judiciaires ; mandat darrêt international, ultime symbole de criminalisation politique.
Lorsque la politique s’emballe, la justice devient un champ de bataille où les voix critiques sont ciblées.
Sweet Beauté et Cap Manuel : les dossiers qui dérangent
L’affaire Sweet Beauté a bouleversé la carrière de Sonko, tandis que le protocole de Cap Manuel demeure un arrangement secret entre Macky Sall et Sonko sur lequel Diagne affirme détenir des clés. Ces dossiers symbolisent parfaitement la manière dont la justice peut être mobilisée pour protéger des intérêts politiques plutôt que de servir lintérêt général.
En connaissant ces secrets, Diagne devient un adversaire dangereux pour ceux qui détiennent le pouvoir.
Cabale judiciaire ou enquête légitime ?
Certes, les accusations financières peuvent avoir des fondements. Mais au Sénégal, où la frontière entre justice et politique est poreuse, il est difficile de ne pas voir dans cette affaire une stratégie pour museler une voix critique. L’objectif ne semble pas seulement judiciaire mais politique : neutraliser un témoin trop éclairé.
Une justice discréditée
L’affaire Diagne illustre que l’indépendance de la justice sénégalaise reste un mirage. Les tribunaux, au lieu de protéger l’état de droit, sont devenus les instruments d’un régime inquiet. Tant que la justice sera utilisée pour frapper les critiques et épargner les alliés, le Sénégal restera prisonnier d’un cycle où démocratie et impartialité judiciaire sont bafouées.
Conclusion :
Laffaire Madiambal Diagne est un avertissement clair : la liberté de presse et l’indépendance de la justice sont fragiles au Sénégal. Et tant que les tribunaux continueront à être manipulés comme des armes politiques, la confiance des citoyens dans l’État de droit restera gravement compromise. Le réveil démocratique est urgent.
Cheikh Diop Consultant