Tribune | Contribution d’un citoyen soucieux de l’avenir de Mbacké

À l’image de nombreuses villes sénégalaises de taille comparable, Mbacké dispose d’atouts humains, économiques et géographiques importants. Pourtant, contrairement à certaines communes qui ont su se transformer grâce à une gouvernance locale efficace, Mbacké peine encore à traduire son potentiel en progrès visibles. Il est temps d’engager une nouvelle manière de faire de la politique, plus proche des citoyens, fondée sur la compétence, la responsabilité et l’intérêt général.
Je suis Serigne Mbacké Muhammed Gueye, fils de Mbacké et étudiant en sciences politiques à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Si je prends la parole aujourd’hui, c’est en tant que citoyen engagé, soucieux de l’avenir de sa ville et convaincu que les politiques publiques locales peuvent et doivent améliorer concrètement le quotidien des populations.
Jeune et dynamique, la jeunesse de Mbacké peut et doit être le moteur du changement. Pourtant, elle fait face à un manque criant d’opportunités. Faute d’emplois structurés, de formation professionnelle et d’encadrement adéquat, une grande partie des jeunes se retrouve dans les taxis Jakarta, non par choix, mais par nécessité.
À cela s’ajoute le phénomène préoccupant des jeunes charretiers, dont certains ont moins de 15 ans. Cette réalité traduit à la fois la précarité sociale, le décrochage scolaire et l’insuffisance des mécanismes d’encadrement et de protection de l’enfance. Une ville qui aspire au développement ne peut rester indifférente à de telles situations.
Mon engagement n’est dirigé contre aucune personne. Il est dirigé contre les mauvaises pratiques, l’improvisation et l’absence de vision qui freinent le progrès. Je défends une ligne claire : une politique qui sert Mbacké, et non une politique qui se sert de Mbacké.
Le chômage des jeunes demeure l’un des défis les plus urgents. Il détruit la dignité, alimente la frustration sociale, fragilise la sécurité et freine le développement économique local.
L’insécurité que nous vivons n’est pas un hasard : elle est souvent la conséquence directe de l’oisiveté, du manque d’encadrement et de l’absence d’infrastructures sociales adaptées.
Comment encadrer efficacement la jeunesse sans centres de formation professionnelle, sans espaces sportifs et culturels, sans jardins publics aménagés, sans éclairage public adéquat ?
Aujourd’hui, Mbacké manque cruellement d’espaces de loisirs et de détente, pourtant essentiels à la cohésion sociale, à la prévention de la délinquance et à l’attractivité urbaine.
Les étudiants de Mbacké illustrent également les limites de notre gouvernance locale. Avant de percevoir leurs subventions, beaucoup sont contraints de multiplier les démarches auprès des autorités locales, parfois jusqu’au découragement.
Les clubs sportifs vivent des difficultés similaires, voire plus graves : manque de soutien, absence d’accompagnement et lourdeurs administratives, alors même que le sport constitue un levier fondamental d’encadrement, de discipline et de mobilisation de la jeunesse.
La fin d’année 2025 constitue un exemple révélateur. Alors que de nombreux pères de famille et ressortissants se déplacent pour venir passer les fêtes à Mbacké, la ville n’a proposé aucun événement majeur, aucune animation culturelle ou sociale d’envergure.
La mairie, à travers sa commission chargée de la culture, n’a offert aux populations que le vide, suscitant une interrogation légitime : cela vaut-il la peine de faire le déplacement lorsqu’aucune initiative n’est prise pour valoriser la ville et renforcer le vivre-ensemble ?
Au-delà de ces constats, Mbacké a besoin de projets structurants capables de transformer durablement le cadre de vie.
Cela passe notamment par :
• l’amélioration des infrastructures routières, afin de faciliter la circulation, le commerce et les échanges économiques ;
• le renforcement des services de santé, pour garantir des soins de qualité accessibles à tous ;
• l’investissement dans l’éducation, à travers la construction de nouvelles salles de classe et l’amélioration des infrastructures scolaires ;
• l’accès universel à l’eau potable, par le renforcement du réseau de distribution ;
• une meilleure gestion des inondations, grâce à des politiques d’assainissement et de prévention efficaces ;
• le développement économique local, notamment par la promotion du commerce, de l’agriculture et de l’artisanat.
Au niveau national, il est également temps d’interpeller les autorités compétentes. Selon les données de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), le département de Mbacké figure parmi les plus peuplés du Sénégal. Pourtant, cette réalité démographique ne se reflète ni dans l’ampleur des investissements publics, ni dans l’implantation de projets de grande envergure.
À ce titre, l’État doit envisager des infrastructures stratégiques pour Mbacké, telles que :
• un camp de sapeurs-pompiers, pour renforcer la sécurité civile ;
• un Tribunal de grande instance, afin de rapprocher la justice des citoyens et consolider l’État de droit.
Cette situation est d’autant plus paradoxale que le département de Mbacké contribue de manière importante, voire décisive, aux résultats électoraux nationaux. L’équité territoriale et une meilleure redistribution des projets de développement constituent donc une exigence légitime.
Pourtant, Mbacké peut devenir une ville belle, admirable et attractive. Cela suppose de valoriser son économie locale et de développer une intercommunalité intelligente avec Touba, fondée sur la complémentarité, la planification et la coopération, au bénéfice des populations.
Mon engagement est clair : placer l’emploi des jeunes, la sécurité, l’éducation, la santé, la culture et les infrastructures au cœur des priorités communales, tout en plaidant pour une meilleure prise en compte de Mbacké dans les politiques publiques nationales.
Les prochaines échéances locales, prévues dans moins de vingt-quatre mois, constitueront un moment majeur de responsabilité collective. Elles permettront aux citoyens d’évaluer le bilan du maire au terme des cinq années de mandat qui lui ont été confiées, et de choisir entre la continuité de pratiques inefficaces ou l’émergence d’une gouvernance fondée sur la compétence, l’écoute et l’action.
Mbacké mérite une politique ambitieuse, honnête et tournée vers l’avenir.
Le changement est possible, à condition de le vouloir et de le construire ensemble.
Serigne Mbacké Muhammed Gueye
Étudiant en sciences politiques à l’UCAD