Serigne Ndam Atta, Serigne Moustapha Saliou, Serigne Bassirou Anta Niang, Serigne Amdy Modou Mbenda Fall : Ces petits-fils à l’intemporel héritage spirituel et moral

Le départ en exil de Cheikh Ahmadou Bamba, fondateur du mouridisme, vers le Gabon en 1895 est célébré à Touba ce mercredi 13 août 2025. Dans la ferveur de la commémoration de l’exil de Bamba, le souvenir
vivant des petits-fils va occuper les chaumières.
Des millions de fidèles vont affluer vers la ville sainte, distante de Dakar d’environ 194 kilomètres. Cette ville est le centre spirituel et la capitale de la confrérie musulmane des Mourides. Elle abrite la Grande Mosquée de Touba, l’un des plus grands lieux de culte d’Afrique de l’Ouest, et le mausolée de son fondateur, Cheikh Ahmadou Bamba. Touba occupe ainsi une place majeure dans la vie religieuse, culturelle et économique du Sénégal, attirant chaque année des pèlerins à l’occasion du Magal. En dépit de la ferveur religieuse qui s’est emparée de la ville, le souvenir vivace de certains petits-fils du grand marabout ou de ses compagnons reste encore dans les mémoires. Il en est ainsi de Serigne Dame Atta Mbacké, de son vrai nom Serigne Abdourahmane Mbacké. Il était le khalif de Serigne Ibrahima Mbacké, fils de Ahmadou Bamba Mbacké. Serigne Dame Atta Mbacké, décédé le 17 janvier 2025, faisait partie du groupe des petits fils de Bamba les plus âgés. Son rappel à Dieu marque la perte d’une figure emblématique de la voie Mouride et de la ville de Touba, où il occupait la troisième position dans l’ordre de succession au Khalifat général.
Né en 1937, Serigne Dame Atta Mbacké avait accédé, très jeune, au Khalifat de son père, Serigne Ibrahima Mbacké, fils du fondateur du Mouridisme, Cheikh Ahmadou Bamba, après le décès de ce dernier en 1954. Décrit comme un homme pieux, effacé et dévoué, Serigne
Dame Atta Mbacké a marqué la communauté par sa maîtrise du Coran, sa sagesse et ses actions dans la voie Mouride. Il est notamment à l’origine de la création de nombreux daaras coraniques et de villages, dont “Makhaama Ibrahima”, un quartier de Touba où il a récemment inauguré une grande mosquée portant son nom, sous les instructions du khalife général des Mourides, Serigne Mountakha Mbacké.
Le défunt a été inhumé dans l’ancien cimetière de Touba, près de la grande mosquée, aux côtés de son père. L’enterrement a réuni une foule nombreuse, incluant des chefs religieux et membres de la famille de Cheikh Ahmadou Bamba.
A l’occasion de sa disparition, le président de la République du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, a exprimé sa douleur à travers un message publié sur Facebook. “Je présente mes condoléances les plus attristées à Serigne Mountakha Mbacké, khalife général des Mourides, à la communauté mouride et à l’ensemble des musulmans, suite au rappel à Dieu de Serigne Dame Atta Mbacké. Que son âme repose en paix et que son exemple continue d’inspirer notre nation”. Serigne Moustapha Mbacké est un fils de Serigne Saliou Mbacké, cinquième Khalife de Bamba. Il est décédé à l’âge de 82 ans . Dès sa jeunesse, vers les années 1988, il s’est illustré par son engagement en faveur de la paix entre l’Iran et L’Irak. Il était aussi connu pour ses engagements comme porte-parole auprès de son père, Serigne Saliou Mbacké. Il était un grand cultivateur. Serigne Moustapha Saliou Mbacké était aussi connu pour sa rigueur et ses principes auxquels il n’a jamais renoncé.
Depuis le décès de son père en 2007, il avait presque disparu de la vie publique, se contentant de ses œuvres d’adoration d’Allah. Il était connu pour la constance de ses positions principielles, émanations d’une nature sincère et profonde. Serigne Moustapha Saliou Mbacké a toujours affiché une constance rafraîchissante comme le montrent son incroyable détachement envers le matériel et ses prêches inaltérables, qui ont toujours bluffé son entourage.
Dans la galaxie de certains marabouts, il dérangeait par son franc-parler. Serigne Moustapha Saliou abhorrait les compromissions, ce qui faisait de lui “un marabout craint, respecté et adulé”. Le conflit de la famille de Serigne Saliou avec le géant nigérian de l’industrie, Aliko Dangote, lors de l’installation de sa cimenterie à Pout, a été le théâtre d’une épique lutte de convictions dans laquelle le marabout s’est illustré par une intransigeance surréelle. Le dénouement final marque la signature de Serigne Moustapha Saliou renonçant, au profit de ses frères et sœurs, à sa part des 6 milliards FCFA versés par l’industriel nigérian pour accéder à sa cimenterie dont l’ouverture a été retardée par des procédures à rebondissements multiples. Acteur majeur lors de ce feuilleton judiciaire, Serigne Moustapha a, au final, décidé de rester en phase avec ses convictions. Une évaluation révèle que le marabout a renoncé à 83 millions 125 mille FCFA au profit de ses quatre frères et de ses 3
sœurs, sur les 6,650 milliards FCFA que le magnat nigérian a remis aux héritiers du cinquième khalife général des mourides. Orthodoxe et très érudit, Serigne Moustapha Saliou a été un homme rigoureux qui disait ce qu’il pensait sans user de langue de bois. Neveu de Serigne Saliou Touré, Serigne Moustapha était très versé dans les connaissances de la Charia et respectueux de la personne humaine. Ce fils de Sokhna Maty Diakhaté et de Serigne Saliou
Mbacké, était toujours vêtu de grand boubou avec une écharpe blanche sur les épaules. Il est un modèle de courage et de vertu. Très rigoureux, aussi bien avec ses enfants qu’avec ses talibé, Serigne Moustapha a fait ses humanités chez Serigne Sonhibou Mbacké et a été éduqué par Serigne Abdoul Ahad. Il ne faisait pas de compromission avec le pouvoir. En 2007, il n’avait pas reçu l’ex-chef de l’Etat Abdoulaye Wade, qui voulait lui présenter ses condoléances après le rappel à Dieu de Serigne Saliou. Très véridique, il disait toujours ce qu’il pensait. Serigne Moustapha Saliou, c’est aussi l’écrivain. A son actif, le livre “Les versets tombent, l’histoire certifie”, publié en 1999 et traduit en anglais et en français. Serigne Moustapha Saliou, c’est l’humilité, car il fut l’un des rares marabouts qui n’hésitaient pas à emprunter un taxi à Touba. Très attaché à l’idéal mouride, Serigne Moustapha Saliou Mbacké n’avait pas hésité, lors de l’inauguration de la mosquée Boukhatoul Moubarak à Touba, à s’insurger contre les sectes sataniques qui, sous couvert d’un soi disant “islam orthodoxe” et par divers procédés, tentent de dévier les populations de la bonne voie. La disparition de Serigne Moustapha Saliou Mbacké survient après la perte de Serigne Bassirou Anta Niang et de Serigne Amdy Modou Mbenda Fall. Il a été profondément influencé par le califat de son vénéré père, Serigne Saliou Mbacké, et a servi comme porte-parole pendant des années.
Devenu khalif des baye fall en 2021, Serigne Modou Mbenda Fall succède à Serigne Dieumb Fall et devient le khalif général des baye fall. Il a été khalif de son père depuis 1994, et le huitième khalife de Mame Cheikh Ibrahima Fall. Il est décédé en février 2025 à l’âge de 95 ans, et est remplacé par l’actuel khalif général des baye fall, Serigne Amdy Khady Fall. Avant de devenir khalife, il résidait au quartier Cheikh où Mame Cheikh Ibrahima Fall habitait à l’époque.
Serigne Modou Mbenda Fall était un homme de Dieu et un infatigable travailleur. Sa contribution pour le rayonnement du mouridisme était connue de tous. Il s’était très lié à ses frères comme Serigne Modou Moustapha Fall, fils aîné et 1er Khalife de Mame Cheikh Ibrahima Fall, Serigne Assane Fall, Serigne Mor Talla Fall, Serigne Aliou Fall Mbawor, Serigne Abdoulaye Fall Ndar, Serigne Abdou Sakor Fall et Mame Saliou Fall, fils cadet de Mame Cheikh. C’est ce dernier qui avait demandé à Mame Saliou Fall d’aller faire allégeance à Serigne Modou Mbenda Fall. Les derniers fils de Serigne Modou Mbenda Fall étaient confiés au fils aîné de Serigne Modou Moustapha Fall Serigne Cheikh Fall «Bayou Gor» qui a assuré leur entière éducation. Cela en dit long sur la santé des relations exemplaires entre lui et l’illustre famille de Cheikh Ibra Fall. A en croire Alioune Badara Ndime journaliste spécialiste de la Communauté “Baye Fall” : “Serigne Modou Mbenda Fall a vécu utilement. Son apport pour le rayonnement de la Communauté ‘Baye Fall’, de la Mouridya est considérable. Il mérite d’être écrit pour ne pas subir les affres du temps. Il fut un homme de Dieu qui a eu le don, pour ne pas dire le pouvoir de guérir des maladies les plus mystérieuses. Il lui suffisait d’une claque de main, d’une poignée de sable, etc. pour les guérir”, s’est expliqué le journaliste opérant à la télévision mouride, “Lamp Fall FM/ TV”. Serigne Modou Mbenda Fall était très respecté de ses contemporains. Il avait de solides relations avec la famille de Serigne Touba, avec celles des autres Cheikh. Il ne faisait pas de frontière entre ceux qui œuvraient pour le rayonnement du Mouridisme. Au niveau des villages qu’il avait hérités de son père comme Ndia Keur Madièye, Palène pour ne citer que ceux-là, il s’adonna à la culture de la terre et à l’enseignement coranique. Serigne Modou Mbenda Fall s’éteignit en 1956. Son frère Serigne Abdoulaye Fall Ndar Ibn Mame Cheikh Ibra Fall, alors Khalife Général des « Baye Fall » ordonna son inhumation près du mausolée de son illustre père, Mame Cheikh Ibrahima Fall Lamp Baboul Mouridyna. Il fut succédé tour à tour à la tête de sa famille par Serigne Cheikh Fall Modou Mbenda, Serigne Talla Fall Modou Mbenda. Son actuel et 3ème Khalife est Serigne Amdy Moustapha Fall Modou Mbenda qui assura parallèlement les charges de Khalife Général des “Baye Fall”.
Serigne Bassirou Anta Niang, est devenu khalife de Darou Mouhty le 31 décembre 2020. Il a remplacé son frère, Serigne Abass Mbacké. Né en 1933 à Kosso, un village fondé par Mame Thierno Birahim en 1922, Serigne Bassirou était le fils de Sokhna Anta Niang et de Mame Thierno Birahim Faty Mbacké. Très tôt, il fut initié à l’apprentissage du Coran par son père avant d’être confié à Serigne Modou Faty Alé Gaye, un érudit de renom, pour poursuivre sa mémorisation du texte sacré. Sa quête du savoir le mena ensuite à Taïba Dakhar, où il approfondit sa maîtrise du Coran sous la guidance de son grand frère, Serigne Mahmoudane Mbacké Kosso. Ce dernier lui transmit également des connaissances approfondies en sciences religieuses. Par la suite, il poursuivit sa formation
auprès de Serigne Modou Awa Balla Mbacké, premier khalife de Darou Mouhty, qui l’initia à la dimension spirituelle de la Mouridiya. Grâce à cette formation rigoureuse, il devint une figure incontournable du mouridisme et fut désigné imam de Darou Mouhty.
Au-delà de son rôle spirituel, Serigne Bassirou Mbacké Anta Niang était reconnu pour son érudition et ses talents littéraires. Calligraphe et écrivain émérite, il s’illustra à travers plusieurs ouvrages abordant des thématiques variées, allant de la jurisprudence islamique à la théologie, en passant par le soufisme et l’histoire. Parmi ses œuvres majeures figure La vie exemplaire de Borom Darou, un livre consacré à la mémoire de son père, Mame Thierno Birahim. Cet ouvrage est aujourd’hui une référence essentielle pour l’étude de l’hagiographie de Borom Darou Mouhty.
Le 31 décembre 2020, Serigne Bassirou Mbacké Anta Niang fut désigné 5e khalife de Darou Mouhty, succédant ainsi à son frère aîné, Serigne Abass Mbacké. Son leadership spirituel s’inscrivit dans la continuité des enseignements de ses prédécesseurs, mettant en avant l’éducation religieuse, la soumission à Dieu et la
préservation des valeurs mourides. Son décès marque une grande perte pour la communauté mouride, qui lui rend hommage en célébrant son dévouement à la foi et au savoir. Il laisse derrière lui un héritage spirituel et intellectuel immense. Avec la disparition de Serigne Bassirou, le khalifat de Darou Mouhty revient désormais à Serigne Khalil Mbacké, dernier fils encore en vie de Boroom Darou. Ce dernier aura la lourde tâche de perpétuer l’œuvre de ses illustres
prédécesseurs et de maintenir la flamme de l’héritage mouride. La communauté mouride, en union de prières, se recueille pour le repos de l’âme de Serigne Bassirou Mbacké Anta Niang, tout en réaffirmant son attachement aux valeurs de la confrérie.
Point actu quotidien