SCANDALE DES FAUX PHARMACIENS À TOUBA : UN RÉCIDIVISTE DE 57 ANS INVOQUE LE KHALIFE DEVANT LES JUGES POUR ÉVITER LA PRISON !

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DIOURBEL – T. Cissé pensait-il être au-dessus des lois républicaines ? Trente-et-un ans qu’il joue au pharmacien sans le moindre diplôme ni l’ombre d’une autorisation officielle. Déjà condamné le 16 décembre 2025 pour exercice illégal de la médecine et de la pharmacie, ce père de huit enfants de 57 ans pensait avoir définitivement filé entre les mailles du filet. Erreur fatale. Jeudi 1er octobre 2026, c’est un homme piégé par la gendarmerie qui s’est à nouveau présenté devant la barre du Tribunal des flagrants délits de Diourbel, sous le regard lourd de la justice.

​La traque et la saisie

​Considéré comme un véritable « praticien » au sein de certains réseaux de la cité religieuse de Touba, le quinquagénaire était dans le collimateur de la Brigade de proximité depuis plusieurs semaines. L’étau s’est finalement refermé sur lui lors d’une filature ciblée. Intercepté sur la route, le véhicule du suspect a été fouillé de fond en comble par les pérégrins de la gendarmerie. Le verdict du coffre est sans appel : cinq cartons remplis de médicaments saisis sur-le-champ.

​Placé en garde à vue, T. Cissé a rapidement reconnu la propriété de la marchandise. Pour tenter de se justifier, il a d’abord juré que ces produits étaient destinés à un parent malade devant subir une intervention chirurgicale urgente. Problème : incapable de fournir le moindre justificatif ou ordonnance, cette ligne de défense s’est effondrée dès ses premiers échanges avec les enquêteurs. Face aux magistrats, le prévenu a fini par lâcher la vérité, avouant s’être approvisionné directement au marché Ocass de Touba.

​L’ombre du Khalife brandie comme bouclier

​À la barre, conscient que son statut de récidiviste pesait lourdement contre lui, T. Cissé a abattu sa dernière carte : la légitimité religieuse.

​« J’ai exercé pendant 31 ans la profession de pharmacien à Touba sur autorisation du Khalife des mourides, du fait qu’il n’existait pas d’officines à l’époque, comme c’est le cas aujourd’hui. Je sais que je n’ai pas les études, ni les compétences pour exercer », a-t-il lancé pour essayer de fléchir le tribunal, tout en assurant qu’il avait légué son activité à deux professionnels depuis sa première condamnation. Le procureur Fall a formulé un réquisitoire sévère.

« Le médicament dans des mains inexpertes devient un poison. Le prévenu ne remplit aucun critère. Même un pharmacien diplômé ne peut disposer d’un dépôt sans autorisation », a martelé le maître des poursuites.
Rappelant la fermeté de la loi de 2023, qui prévoit une peine minimale de trois ans pour transport illégal de médicaments, le procureur a requis trois ans de prison ferme et 500 000 FCfa d’amende.


​Le Syndicat réclame 10 millions, la défense joue la requalification


​L’affaire prend également une tournure financière majeure. Constitué partie civile, le Syndicat des pharmaciens privés du Sénégal réclame 10 millions de FCfa de dommages et intérêts. Me Dabo, l’avocat du syndicat, n’a pas mâché ses mots : « L’absent le plus présent ici, c’est le consommateur sénégalais. La première fois, nous avions demandé le franc symbolique. Cette fois-ci, l’heure n’est plus à la clémence. »
​Pour contrer cette offensive, le collectif de la défense, mené par Mes Serigne Diongue et Assane Dioma Ndiaye, tente de démonter la qualification pénale. Selon eux, la preuve qu’il s’agissait de « faux médicaments » n’a pas été formellement établie : « Il transportait des produits pharmaceutiques, pas nécessairement illégaux », ont-ils soutenu, sollicitant une requalification des faits, la relaxe de leur client ou, à défaut, une application extrêmement bienveillante de la loi.
​Le tribunal de Diourbel a mis l’affaire en délibéré. Le sort du faux pharmacien de Touba sera scellé ce 8 octobre.

Senactu.net

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