Tempête à Touba : Serigne Ahma Mbacké Mourtala déclare Ousmane Sonko « persona non grata »

Les réactions de colère et d’indignation continuent d’enfler dans la ville sainte de Touba après la récente sortie d’Ousmane Sonko. Lors d’un meeting, ce dernier avait affirmé qu’une quantité importante d’argent volé avait été distribuée à Touba. Une déclaration qui a suscité une vive réplique de Serigne Ahma Mbacké Mourtala. Le chef religieux, fils du cadet du fondateur du mouridisme, est monté au créneau pour déclarer le leader de Pastef persona non grata dans la cité religieuse.
Une indignation face à des accusations jugées mensongères
Pour Serigne Ahma Mbacké Mourtala, les propos du Premier ministre actuel sont inacceptables et dénotent un manque de respect caractérisé envers la hiérarchie mouride.
« J’ai été sidéré lorsque j’ai entendu les propos qu’il a tenus lors d’un meeting politique à Mbacké. Voilà quelqu’un qui ne dit jamais la vérité depuis qu’il est sur la scène politique », se désole-t-il.
Le guide religieux est d’autant plus heurté que les accusations d’Ousmane Sonko manquent, selon lui, de précision et jettent le discrédit sur l’ensemble de la communauté, y compris sur sa plus haute autorité.
« Aujourd’hui, de qui parle-t-il ? Même Serigne Mountakha n’est pas épargné, ni moi-même, en tant que petit-fils de Serigne Touba. Serigne Mountakha n’a nullement besoin d’argent volé ou distribué : il est le représentant de Serigne Touba sur terre et les talibés lui apportent tout ce dont il a besoin. Étant donné que seule la politique lie Ousmane Sonko à Touba, et que la politique y est strictement interdite, nous ne voulons plus de lui ici. J’invite tous les petits-fils de Serigne Touba à parler d’une seule et même voix pour faire barrage à Ousmane Sonko. »
Au-delà des plaintes : l’appel à une opposition ferme
Face à ce qu’il considère comme des dérives répétées, Serigne Ahma Mbacké Mourtala estime que les voies judiciaires classiques restent inefficaces. Il préconise une méthode beaucoup plus directe pour préserver la sacralité de la ville sainte.
« Les plaintes n’auront aucune suite judiciaire. La seule manière de combattre Sonko et ses acolytes à Touba, c’est de tout mettre en œuvre, par tous les moyens à notre disposition, pour l’empêcher d’y remettre les pieds et d’arrêter d’utiliser le nom de Touba à des fins politiciennes. Et c’est tout à fait possible. Touba est un titre foncier qui appartient exclusivement à la famille de Serigne Touba. »
Recadrage cinglant contre le député Cheikh Thioro Mbacké
Dans ce même élan de récriminations contre le parti Pastef, le guide religieux n’a pas épargné le député Cheikh Thioro. Ce dernier a soutenu lors de ce même meeting que s’il venait à « récupérer sa part » de Touba, la ville sainte disparaîtrait. Une déclaration qui a provoqué une mise en garde particulièrement sévère.
« C’est un mensonge grossier. Cheikh Thioro ne représente rien à Touba. Il ne fait même pas partie de la famille de Serigne Touba. S’il continue de tenir de tels propos, je me chargerai personnellement de lui rappeler ses origines. C’est un être excessif qui use de grossièretés simplement pour faire la une des journaux. Et jusqu’à l’extinction du soleil, ni lui, ni aucun membre de sa famille ne sera jamais à la tête de Touba en tant que khalife », prévient-il avec fermeté.
Un avertissement solennel au président Bassirou Diomaye Faye
Pour conclure, Serigne Ahma Mbacké Mourtala a tenu à interpeller directement le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, l’invitant à ne pas commettre les erreurs du passé et à assumer pleinement ses fonctions face aux ambitions de son ex Premier ministre.
« Je ne souhaite pas qu’il subisse le même sort que Macky Sall. Ce dernier a laissé Sonko déambuler à travers le pays pour orchestrer des complots contre l’État, jusqu’à provoquer la chute de son régime. Le président Diomaye Faye doit prendre ses responsabilités face aux agissements d’Ousmane Sonko et du parti Pastef. S’il ne le fait pas, il le regrettera encore plus amèrement que Macky Sall. »
La tension reste donc vive entre une partie de la haute hiérarchie de Touba et le président de l’Assemblée nationale, ouvrant ainsi une nouvelle page d’incertitude dans les relations entre l’État et la puissante cité religieuse.
Senactu